Il y a des sentiers dont on a entendu parler sans trop y croire, des lieux un peu secrets que l’on se transmet entre amoureux de nature. Les roches d’Achiffet font partie de ces balades dont on ressort avec la sensation d’avoir découvert un petit bout de monde à part, suspendu entre forêt, grès et légendes. À la sortie de Val-et-Châtillon, dans le Piémont vosgien, ce décor de falaises sculptées par le temps invite à marcher lentement, à lever les yeux et à laisser travailler l’imagination.
Nous sommes ici en Meurthe-et-Moselle, à deux pas des lacs de Pierre-Percée et non loin du Donon. Le relief commence à onduler, la forêt s’épaissit, l’air devient plus frais. En suivant la petite route qui file vers Saint-Sauveur, on ne se doute pas forcément que, quelques mètres au-dessus, un ruban de grès rose et ocre dessine un véritable couloir minéral. C’est pourtant là que se cache le sentier des roches d’Achiffet, une boucle d’environ trois kilomètres, facile d’accès, idéale pour une balade de fin d’après-midi ou une escapade nature en famille.
Une balade insolite en lisière de Val-et-Châtillon

Le point de repère le plus simple reste la Maison de la Forêt, à la sortie de Val-et-Châtillon en venant de Cirey-sur-Vezouze. On peut se garer sur son parking ou poursuivre quelques centaines de mètres en direction de Saint-Sauveur : un petit parking sur la gauche permet de se rapprocher encore du départ. Très vite, les panneaux de randonnée attirent le regard, avec leurs flèches, leurs cercles rouges et ce nom qui intrigue : « Achiffet ». À partir de là, la voiture ne sert plus à rien ; tout se joue au rythme des pas, du crissement des feuilles sous les chaussures et du souffle des grands sapins.
Depuis la route, il suffit de marcher environ deux cents mètres avant de repérer un petit sentier qui grimpe sur la gauche. La pente se fait sentir, mais sur une distance très courte. En cinq minutes à peine, on rejoint la première curiosité de la balade, la bien nommée roche du Solitaire, qui marque l’arrivée sur le plateau rocheux. C’est souvent à ce moment-là que l’on se dit que la balade commence vraiment : sous les arbres, la paroi de grès apparaît, percée d’arches et de cavités, comme si le temps avait patiemment sculpté un décor de théâtre naturel.
Comment rejoindre le sentier des roches d’Achiffet ?
Le sentier forme une boucle d’environ trois kilomètres, avec un dénivelé modéré. On longe d’abord la base des roches avant de revenir par la forêt, ou l’on fait l’inverse selon l’envie du moment. Comparé au célèbre Sentier des roches dans les Hautes-Vosges, le parcours d’Achiffet reste nettement moins technique et beaucoup plus court. Ici, pas de câbles ni de passages vertigineux, mais quelques passages un peu étroits où il convient tout de même de tenir la main des plus jeunes. De bonnes chaussures suffisent, même si l’humidité du sous-bois peut rendre le sol glissant après la pluie.
Au fil de la marche, la lumière joue avec la roche. Par endroits, le grès prend des teintes presque rouges, ailleurs il se couvre d’un manteau de mousses et de fougères. Les parois se resserrent, puis s’ouvrent soudain sur de petits couloirs sous roche où l’on passe à hauteur d’épaule. On retrouve par instant l’ambiance de l’Altschlossfelsen, ce site gréseux bien connu à la frontière allemande, avec ses formes arrondies et ses surplombs impressionnants. La différence, c’est qu’ici tout est plus intime, plus discret, comme si les roches d’Achiffet avaient gardé pour elles une partie du secret.

Un chapelet de roches aux noms qui racontent une histoire
Au-delà du décor, ce sont les noms des roches qui donnent au sentier son caractère. Tout au long du parcours, des petits panneaux signalent les curiosités minérales, comme autant de personnages que l’on croise sur le chemin :
- – La roche du Solitaire, première rencontrée après la montée.
- – La roche de la Vierge, avec son petit autel discret.
- – La roche de l’Écureuil, qui semble prête à bondir dans la pente.
- – La roche Pierrot Ramella, dédiée par le Club vosgien.
- – La roche du Renard, aux formes plus sauvages et découpées.

Chacune a sa silhouette, sa personnalité. La roche de la Vierge surprend par son caractère presque intime : une avancée de grès forme une étagère naturelle sur laquelle ont été déposées une statue, quelques fleurs, des bougies. On se surprend à baisser la voix, comme dans une petite chapelle. Plus loin, la roche de l’Écureuil porte bien son nom ; ses volumes resserrés, sa base plus fine, son sommet élargi évoquent un animal prêt à grimper le long du tronc voisin. Un peu plus loin encore, une plaque discrète rappelle la mémoire de Pierrot Ramella, figure attachante du Club vosgien, à qui une roche a été dédiée. C’est une façon simple de rappeler que si le temps a fait son œuvre, des générations de bénévoles entretiennent le sentier et permettent d’en profiter aujourd’hui.

En levant les yeux, on aperçoit parfois des « oreilles », des arches, des cavités qui semblent découper des profils dans la roche. Les enfants s’amusent à y voir des animaux, des visages, des monstres bienveillants. Les adultes, eux, observent les couches de grès, les galets incrustés, les traces d’érosion qui racontent à leur manière l’histoire géologique du Piémont vosgien. Même sans être spécialiste, on ressent cette impression d’ancienneté paisible, comme si les roches d’Achiffet avaient tout leur temps et nous invitaient simplement à ralentir.

Une immersion forestière douce et accessible
Contrairement à beaucoup de randonnées vosgiennes, les roches d’Achiffet n’offrent pas de grand point de vue dégagé. Ici, la récompense n’est pas un panorama lointain sur les crêtes, mais une immersion totale dans l’atmosphère de la forêt. Les troncs filtrent la lumière, les oiseaux accompagnent la marche, et par endroits le sentier se faufile au ras du vide, tout en restant suffisamment large pour que l’on se sente en sécurité. On avance au pas tranquille, avec parfois le bruit d’un ruisseau en contrebas et cette odeur de terre humide qui rappelle les balades d’enfance.
La boucle reste accessible à un large public, à condition de rester prudent avec les jeunes enfants et les personnes peu à l’aise sur un terrain irrégulier. Il est préférable de laisser la poussette à la voiture, mais pour le reste, la balade se prête très bien aux familles, aux photographes ou à celles et ceux qui ont simplement envie de marcher une heure ou deux sans se lancer dans une grande randonnée. Au printemps, les jeunes pousses apportent une touche de vert vif ; en été, l’ombre généreuse des arbres rend la température très agréable. L’automne, avec ses couleurs chaudes, donne un relief particulier aux parois rosées, tandis que l’hiver offre une atmosphère plus silencieuse, presque mystique.
Une parenthèse nature près de Pierre-Percée et du Donon
Les roches d’Achiffet ont aussi l’avantage de se prêter facilement à une journée découverte dans le secteur. Après la balade, on peut filer à la roche des corbeaux au-dessus du lac de Pierre-Percée, ou pour longer les berges, pique-niquer ou simplement regarder le reflet des sapins dans l’eau. Un peu plus loin, le Donon et ses environs proposent d’autres randonnées, d’autres ambiances, toujours entre Lorraine et Vosges. Pour celles et ceux qui aiment composer leur propre itinéraire, il est facile d’imaginer une journée complète mêlant balade forestière, pause au bord de l’eau et visite de petits villages.

Au moment de retrouver la voiture, on jette souvent un dernier regard vers la lisière de la forêt. On sait que là-haut, les roches d’Achiffet continueront de veiller en silence, sculptées par des milliers d’années de vent et de pluie. La boucle n’est pas longue, le dénivelé n’est pas impressionnant, et pourtant la balade laisse une trace durable. Peut-être parce qu’elle donne l’impression d’avoir découvert un lieu un peu caché, à la fois discret et spectaculaire. La prochaine fois que vous passerez près de Val-et-Châtillon, la question se posera sûrement : et si vous alliez, vous aussi, marcher quelques pas sous ces roches étonnantes ?


